Adjectif : analyses et recherches sur les TICE

Revue d'interface entre recherches et pratiques en éducation et formation 

Barre oblique

Évaluer les difficultés des élèves en lecture : des dispositifs automatisés pour étayer le choix des enseignants en termes de remédiations à apporter

vendredi 8 mai 2015.


Par Nabila Khaldi-Errami

La lutte contre l’illettrisme est une mission essentielle de l’éducation nationale. « La refondation de l’École a pour objectif d’agir le plus précocement possible pour lutter contre les inégalités et favoriser des apprentissages durables et plus solides » (Eduscol, 2013, page web). Afin d’atteindre ces objectifs, il est nécessaire de pouvoir situer le niveau des élèves en lecture. Comment les TICE peuvent s’inscrire dans cette démarche ambitieuse de lutte contre l’illettrisme ? Les trois ressources de cette brève questionnent comment certains logiciels permettent de guider l’évaluation diagnostique.

Dans son article concernant les pratiques pédagogiques avec les TICE pour apprendre à lire, Denise Planson (2010), enseignante spécialisée auprès d’enfants handicapés, en difficulté en lecture, évoque son expérience du logiciel « j’apprends à lire avec Tibili » avec un jeune présentant une dysharmonie psychotique (p. 207). Elle accompagne l’élève dans l’apprentissage de la lecture grâce à ce logiciel qui permettrait un repérage facile et ludique des fonctionnalités en proposant différentes stratégies de lecture.
Les TICE contribuent, selon l’auteure, à développer l’intérêt et la motivation des élèves.

Elles sont, de plus, des adjuvants intéressants dans la démarche d’enseignement, permettant une individualisation des apprentissages, adaptée aux spécificités de chacun. Le numérique s’inspire des pratiques existantes et les rendraient plus facilement accessibles. «  Plusieurs stratégies de lecture sont proposées : reconnaissance globale des mots, des lettres et des syllabes pour le décodage. À partir d’une situation d’écoute, l’enfant est amené progressivement à s’impliquer davantage et à construire une interprétation cohérente, justifiant ainsi la linéarité du contenu » (p. 210).

En plus d’une démarche adaptable, le contenu permet à l’élève de s’identifier au personnage de l’histoire et les supports étayent l’accès au sens, ce qui est nécessaire avec ce type de public : « L’enseignant spécialisé retrouve cette démarche dans ses séances où pour construire du sens, il fait constamment ces va-et-vient entre le signifié et le signifiant pour aider à la compréhension » (p. 213). Le logiciel soutient les enfants à besoins particuliers à amorcer une entrée dans la lecture.

Toutefois, l’enseignante spécialisée évoque la progression de l’apprentissage et la nécessité de l’évaluer : «  J’ai également étayé les séances avec l’ordinateur, en faisant avec lui un « bilan » systématique de ce qui avait été travaillé » (p. 213). Elle a donc pu constater de réels progrès chez son élève. Ainsi les TICE permettent de développer des compétences en lecture. Elles peuvent également constituer une aide à l’enseignant dans ses pratiques évaluatrices.

Le recours au numérique en évaluation se pratique aussi en Nouvelle-Zélande, comme l’attestent Romuald Normand et Jean-Louis Derouet dans leur article « Évaluation, développement professionnel et organisation scolaire » (2011).

En effet, après le refus des enseignants néo-zélandais d’effectuer des évaluations nationales imposées par le ministère, il a été mis en place un système d’évaluations informatisées en littératie et numératie : « Au niveau du collège, les enseignants néo-zélandais utilisent un logiciel spécifique dénommé ‘asTTle’ afin de suivre les progrès des élèves en lecture, écriture, mathématiques, conformément aux exigences du programme scolaire.[...] Il permet de suivre les progressions individuelles et collectives des élèves dans le temps  » (p. 11).

Ainsi, l’évaluation sommative imposée est remplacée par une évaluation formative où l’enseignant ne se contente plus de faire passer des contrôles pour transmettre les résultats au ministère dans des logiques de rendement. Elles sont surtout l’occasion de constater les progressions et les besoins des élèves pour les aider au mieux.

Le troisième dispositif que nous présentons est employé en France. Un outil ayant une vocation similaire, et dans un souci de prévention de l’illettrisme, a été créé en 1996 par Alain Bentolila et Jean Mesnager. Le projet propose aux enseignants des cycles 2 et 3, de collège et d’établissements spécialisés, un outil d’aide à l’évaluation en lecture-compréhension, à travers le Réseau des Observatoires Locaux de la Lecture (R.O.L.L.). Les initiateurs du réseau rappellent qu’« une démarche pertinente de remédiation suppose d’abord d’évaluer clairement ce que sait faire chacun » (ROLL, 2015, page web).

Par conséquent des « tests spécifiques sont prévus pour chaque niveau : de la Grande Section au CM2 pour l’école élémentaire ; en 6e et 5e pour le collège. Les tests du troisième trimestre permettent de faire un bilan du travail engagé tout au long de l’année » (ROLL, 2015, page web). Pour accéder à ce dispositif, l’enseignant s’inscrit sur le site du ROLL. Devenant ainsi « Roller », il fera passer à ses élèves du CE2 à la 5e des évaluations courtes et ciblées, accessibles sur le site, sur deux types de textes narratif et documentaire, ciblant également l’aptitude à la recherche d’information (ARI), la capacité à faire des inférences et la vitesse de lecture.

En cycle 2, ce sont des compétences sur la grapho-phonologie et la compréhension de phrase et de texte qui sont évaluées. Les résultats des évaluations sont enregistrés sur la plate-forme informatisée qui donne accès aux progressions de chaque élève et de la classe sous forme de graphiques.

Après chaque session, des listes d’élèves sont proposées (ceux dont les résultats sont jugés faibles et ceux en réussite) afin que l’enseignant puisse organiser des séances de remédiation dans les différentes compétences évaluées. Ainsi « le ROLL […] propose de lier automatiquement évaluation, remédiation et formation  » (ROLL, 2015, page web). En parallèle, il met à disposition plusieurs ressources pour la classe et permet à l’enseignant de mieux appréhender les enjeux de la lecture-compréhension avec de la formation continue et la possibilité d’échanger avec d’autres « Rollers ».

Ces instruments à disposition des enseignants mêlant outils d’évaluation, de remédiation et ressources pédagogiques pour la compétence de lecture-compréhension pourraient ouvrir la voie à des outils numériques similaires transférables à d’autres compétences et d’autres champs disciplinaires du système éducatif français.

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