Adjectif : analyses et recherches sur les TICE

Revue d'interface entre recherches et pratiques en éducation et formation 

Barre oblique

Fractures numériques ou fractures sociales ?

vendredi 27 février 2015.


Par Jimenez Luz

Nous proposons une brève afin de questionner la signification de la notion de fracture numérique. Les trois articles présentés ci-après apportent des approches différentes, ce qui interroge les conditions de mise en œuvre de mesures qui permettraient de réduire les inégalités.

Avec l’objectif de mettre en perspective diverses études qui ont été faites sur les fractures numériques, Abel Ben Youssef (2004) présente une analyse autour de quatre dimensions de la fracture numérique. D’après l’auteur, « la première est centrée sur les inégalités économiques et sociales liées à l’accès aux équipements et aux infrastructures (fracture de premier degré), la deuxième attribue les fractures numériques aux usages liés aux TIC, les inégalités se manifestent avec les usages qui sont faits par les individus et par les groupes sociaux. La troisième concerne l’efficacité des usages. En d’autres termes, pour des taux d’équipements identiques, certaines nations, certains individus augmentent leurs performances plus rapidement que d’autres » (p.184). Il explique enfin que le quatrième axe de fracture « renvoie aux modalités d’apprentissage dans une économie fondée sur la connaissance » (p. 184).

L’article de Fabien Granjon (2009), « Inégalités numériques et reconnaissance sociale », traite la question de la fracture numérique sous l’angle des inégalités sociales et la notion de capabilité, marquant une distinction entre la capacité d’agir ou d’accomplir et la liberté d’agir. L’auteur s’appuie notamment sur les phénomènes de reconnaissance sociale et de mépris. Il définit l’informatique connectée comme « le dispositif technique constitué a minima du couplage d’un ordinateur et d’une connexion internet » (p. 20). Il avance que pour les individus issus de la fraction la moins cultivée des classes populaires, l’utilisation de l’informatique connectée s’accompagnerait souvent « d’une incapacité à se rapporter positivement à leurs dispositions personnelles (goûts, intérêts, etc.), ce qui les conduit à une autodépréciation de leur estime sociale » (p. 31-32).
Il s’en suivrait, toujours d’après l’auteur que « l’usage ’’contrarié’’ de l’informatique connectée peut en effet déboucher sur des dénis de reconnaissance et se traduire par l’expérience de blessures individuelles écorchant une nouvelle fois et d’une nouvelle manière, le sentiment positif, parfois déjà bien ténu, que les utilisateurs ont d’eux-mêmes » (p. 31-32).

Enfin, l’article écrit par Brotcorne et Valenduc (2009), « Les compétences numériques et les inégalités dans les usages d’internet », rend compte d’une étude empirique sur le rôle et l’impact des compétences numériques des utilisateurs dans la réduction ou l’accroissement des inégalités des usages des TIC. Les auteurs décrivent notamment trois types de compétences. Le premier type concerne les compétences instrumentales qui « couvrent en premier lieu les compétences opérationnelles qui relèvent d’un savoir-faire de base. Que ce soit dans un environnement domestique ou professionnel, les compétences instrumentales comprennent aussi les capacités techniques et les capacités de raisonnement pour faire face aux bogues, aux virus et autres aléas techniques quotidiennes » (p. 53). Le deuxième type a trait aux compétences structurelles ou informationnelles qui « concernent la nouvelle façon d’entrer dans les contenus en ligne, c’est-à-dire chercher, sélectionner, comprendre, évaluer, traiter l’information » (p. 53). Le dernier type englobe les compétences stratégiques qui « concernent l’aptitude à utiliser l’information de manière proactive, à lui donner du sens dans son propre cadre de vie et à prendre des décisions en vue d’agir sur son environnement professionnel et personnel » (p. 54).

Ces différentes approches questionnent la complexité des fractures numériques. Elles mettent en relief l’importance de les envisager comme un tout dans le but d’atteindre une démocratisation des accès et des usages des TIC.

Références


 

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