Adjectif : analyses et recherches sur les TICE

Revue d'interface entre recherches et pratiques en éducation et formation 

Barre oblique

Les usages des technologies numériques en Martinique : Entre braconnage et créolisation

vendredi 6 mars 2026 Florian Constancy ; Pascal Plantard

Florian Constancy

FabManager – Institut supérieur des arts appliqués

Pascal Plantard

CREAD – Université de Rennes 2

Vol. 2026 - NT6

Résumé . Cet article propose une première exploration des usages des technologies numériques en Martinique à travers la notion d’« usages créolisés ». S’appuyant sur une approche issue de l’anthropologie des usages développée par Pascal Plantard et sur la théorie de la créolisation développée par Édouard Glissant, il analyse la manière dont les technologies numériques sont appropriées et réinterprétées dans un contexte socioculturel ultramarin. L’étude mobilise une méthodologie qualitative combinant analyses documentaires, focus groups menés en milieu scolaire après la période de confinement de 2022, ainsi qu’une série d’entretiens réalisés en Martinique en 2025 auprès d’utilisateurs de différentes générations. Les résultats mettent en évidence des dynamiques d’appropriation spécifiques marquées par le primat du smartphone, la place centrale des réseaux sociaux et l’influence des contextes familiaux et institutionnels dans la structuration des usages. L’analyse souligne également l’existence de formes de « braconnage numérique », révélant des pratiques d’adaptation et de détournement des technologies. Ces observations permettent d’interroger la manière dont les normes sociales d’usage du numérique se recomposent dans les territoires ultramarins, entre la massification globale des technologies et les processus locaux de créolisation.

Mots-clés : Martinique ; usage ; numérique ; braconnage ; créolisation ; anthropologie

Introduction

Cet article propose une première approche de la notion « d’usages créolisés » des technologies numériques en Martinique, en montrant comment ils servent de vecteurs de construction de représentations culturellement situées du numérique, favorisant ou non, une articulation entre les cultures numériques et les cultures des territoires ultramarins. Il s’appuie sur une combinaison d’analyses documentaires, de focus-group scolaires post-confinement menés en 2022 actualisés par une campagne d’entretiens qualitatifs menés en Martinique en 2025, auprès des utilisateurs de différentes tranches d’âge. Le cadre conceptuel amorce une articulation entre l’approche des usages par l’anthropologie (Plantard, 2014) et la théorisation de la créolisation par Édouard Glissant (2001). Les analyses énoncent quelques pistes autour de la créolisation des normes sociales d’usages des technologies numériques. Autour du constat d’une massification différente des usages en Martinique s’esquissent les thématiques de la famille, du cadre de vie et du rapport aux institutions marquées par le primat du smartphone (et le recul de l’ordinateur) et des usages spécifiques des réseaux sociaux. Une articulation entre les concepts de créolisation et braconnage numériques ouvrira quelques pistes de réflexion en conclusion.

Cadre théorique

Les usages comme ensemble de pratiques socialisées

Si la numérisation [1] est une opération centrale aussi ancienne que la science informatique, l’arrivée du substantif « numérique » est assez récente. Issue de la banalisation de l’accès à internet [2], le numérique regroupe sous un même terme quatre éléments très articulés entre eux :

  • L’informatique comme mode dominant de traitement et de diffusion de l’information,
  • L’internet comme ensemble des réseaux, systèmes et équipements de communication,
  • Les cyber-cultures comme « culture complexe saturée d’imaginaires » (Musso, 2009),
  • Les usages comme gammes infinies des pratiques individuelles et collectives des technologies numériques.

Si les deux premiers points renvoient aux figures de technocentrées de « l’ingénieur » et du « technicien », les deux derniers sont anthropocentrés autour des figures de « l’usager » et du « technologue ».

C’est De Certeau qui théorise la notion d’usage en 1980 dans son ouvrage L’invention du quotidien. Il y étudie les pratiques de lecture révélatrices des nouveaux modes de consommation et démontre qu’il s’agit d’un acte social très actif. Pour De Certeau, les usagers braconnent les cultures dominantes, et le détournement créatif et collectif est le processus central de l’usage. Simondon (1989) considère même que l’objet technique, c’est de l’humain « cristallisé ». À partir De Certeau et de Simondon, dans une approche anthropologique, nous définissons les usages comme des ensembles de pratiques socialisées : des normes sociales d’usages (Plantard, 2011). Le terme « ensemble » suggère des questions de seuil. Les usages des technologies numériques fondent donc de nouvelles normes sociales autour desquelles se créent les sociabilités. L’adjectif « socialisées » renvoie à des questions de constructions collectives et à l’étude des processus d’adoption des normes culturelles, ce qui nous conduit à replacer les usages des technologies dans les contextes socio-historiques et à privilégier la notion de dispositif sociotechnique. Le terme « pratique » pose des questions dialectiques entre individualisation et socialisation où la pratique est « située » dans les espaces culturels spécifiques comme la Martinique pour cet article.

Créolisation : un moyen de comprend l’évolution d’une culture

La créolisation a été théorisée dans les années 1971 par Edward Kamau Brathwaite. Cette théorisation s’inscrit dans un contexte postcolonial. Elle a permis de mieux comprendre comment différentes cultures ont pu évoluer et converger pour former une culture globale. Dans le prolongement de cette réflexion, Édouard Glissant, écrivain martiniquais, à popularisé ce terme et le définie comme étant le mélange de tout culture qui a produit de l’inattendu. « La créolisation est, bien sûr, le métissage, mais le métissage qui produit un résultat imprévisible et imprévu.[…] La créolisation, c’est le métissage dont on ne peut pas prévoir le résultat, par exemple il était imprévisible que dépouillant des populations entières et les mettant dans des conditions d’animalité pendant des lustres et des siècles, ces populations aux Antilles alors qu’on s’adresse à eux dans une espèce de sabir qu’on appelle un petit-nègre, cette population a eu la force, le génie de partir de là, de créer une langue qui s’appelle la langue créole en Haïti, en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane » (Édouard Glissant, 2001).

Dans ses entretiens, Édouard Glissant approfondit encore ce concept en comparant la créolisation à un rhizome qui s’étend vers d’autres racines sans les détruire, créant du nouveau tout en préservant ses origines, sans dissolution, ni perte, comme le rappelle Renard (2021), il propose une pensée ouverte de la créolisation. « La racine unique tue tout ce qu’il y a autour d’elle. Elle est sectaire et intolérante. Il faut remplacer l’idée de la racine unique par l’idée de l’identité-relation ou rhizome. Or, c’est notre expérience à nous, Antillais ». Par la suite, il expose ce concept au-delà de l’histoire antillaise et l’étend au monde entier : « l’idée de créolisation vise tout autant le processus de formation des sociétés créoles en tant que telles, que celui d’un devenir pressenti des cultures du monde, résultant de leur mise en relation active et accélérée. Ainsi conçue, la créolisation désigne bien tout l’ « “imprévisible” né de cette élaboration d’entités culturelles inédites, à partir d’apports divers. » (Créolisation, n.d.) Dans cette perspective, on peut donc évoquer la créolisation des usages comme la construction culturelle de normes sociales d’usages spécifiques aux territoires ultramarins francophones marqués par l’esclavage. En constante évolution depuis plusieurs siècles, la créolisation du langage et des cultures rencontre de nouvelles cultures, telles que les cultures numériques ou celles de l’image, qui, en retour, peuvent être éclairées à travers ce concept.

C’est dans ce prolongement que nous proposons la notion de « créolisation des usages numériques » lorsque plusieurs cultures, créoles et numériques, entrent en interaction et produisent des résultats inattendus. Selon Hervé Le Crosnier, cela invite à considérer la culture numérique sous différents angles : « Existe-t-il une culture numérique ? Que peut-on appeler “culture numérique”, qui pourrait servir de tremplin pour l’empowerment de ses adeptes ? C’est au fond cela qui fait sens : le pouvoir d’agir et les capacités de comprendre, de mettre en cause et de subvertir les modèles dominants. » (Le Crosnier, 2017). Dans cet article, il définit la culture du numérique n’étant pas seulement la culture technique des technologies mais aussi des usages des technologies dans les pratiques sociales, génératrice de capacité à agir avec le numérique. Il identifie quatre notions qui définissent la culture numérique : les pratiques partagées (écrire, publier, partager, détourner), les valeurs implicites (collaboration, autonomie, créativité), les formes d’expression (mèmes, fanfictions, vidéos, tutos,), les modes de transmission (tutoriels, communautés, réseaux sociaux, fablab). « Les pratiques coopératives et la montée en puissance d’une culture participative accompagnent le développement du numérique et de l’internet. » (Le Crosnier, 2017).

Dans ce cadre, la créolisation des usages numériques peut être illustrée par la place importante de la culture antillaise notamment à travers des réseaux sociaux numériques. Aux Antilles, il y a une lutte permanente pour la reconnaissance de la culture créole en réaction aux rapports de pouvoir et d’oppression issus de la colonisation. Cela poussait les Antillais à ne pas revendiquer leur culture. Nous avons des exemples comme le fait de ne pas avoir le droit de parler créole dans les écoles publiques en Martinique jusqu’en 2002. « J’étais scolarisé dans les années 1950 et à l’époque, en Martinique, on tolérait la pratique du créole. Je dis bien qu’on la tolérait. La situation pouvait en effet varier d’un établissement à un autre. Dans certaines écoles, on pouvait lire sur les murs « Interdit de parler créole », on pouvait être puni par les enseignants pour usage du créole. » (Maignan-Claverie, 2007).

Certaines pratiques culturelles telles que le Bèlè, certaine danse, ou l’utilisation d’un créole moins francisé [3], ont été catégorisées comme bagay vié-négre [4], « il y a à peine 30 ans, le bèlè et le danmyé étaient considérés comme des activités dégradantes, réservées aux « vieux nègres de la campagne. » (Arnaud, 2022). Les remèdes faits avec des plantes locales étais considérés comme de la sorcellerie par les occidentaux, ce qui justifiait la non-diffusion de ces savoirs locaux à l’ensemble des Antillais. Comme on pourra le voir plus tard dans l’analyse de nos données, l’arrivée des réseaux sociaux numériques a favorisé la diffusion de cette culture sous toutes ses formes et a permis à beaucoup de martiniquais et martiniquaises de se connecter à leurs patrimoines et de lutter contre l’effacement de la culture antillaise.

Méthodologie

Notre article s’appuie sur une combinaison d’analyses documentaires, de focus-group et d’entretiens qualitatifs menés, en Martinique, auprès des utilisateurs de différentes tranches d’âge dans 2 contextes :

  • Le GTnum « disparités_numériques », soutenu par la Direction du Numérique pour l’Éducation (DNE) et piloté par le Centre de Recherche sur l’Éducation, les Apprentissages et la Didactique (CREAD) de l’Université Rennes 2 en partenariat avec le Centre de recherche en Éducation de Nantes (CREN) de l’Université de Nantes et le Centre de Recherches et de Ressources en Éducation et Formation (CRREF) de l’Université des Antilles. Dans ce projet, nous nous sommes demandé de quelle(s) façon(s) s’est organisé le lien à distance entre enseignants, entre élèves et entre enseignants et élèves à la suite des différents confinement(s). Si les régions Bretagne et Pays de la Loire sont relativement similaires (elles comprennent chacune de grandes métropoles autour desquelles gravitent des villes de taille moyenne ainsi que des territoires périurbains et ruraux), la Martinique est une région ultramarine insulaire avec des spécificités sociales, culturelles et climatiques qui lui sont propres et un niveau de revenus des habitants globalement inférieur à celui des habitants de France continentale. Dans l’analyse, une perspective comparatiste a été mobilisée.
  • Le travail académique d’un étudiant de Master 2 de l’Université Rennes 2, originaire de Martinique.
    La collecte scolaire en Martinique a été organisée sur un temps de mission très resserré (5 jours au printemps 2022) en collaboration étroite avec la DRANE [5]. L’objectif était d’objectiver les usages numériques des élèves martiniquais à la fois personnels et scolaires, et leurs évolutions depuis la pandémie de 2020 et ses confinements. Le recueil de données a consisté en des séances d’entretiens collectifs (focus group) avec les élèves. A chaque fois, il a été demandé à la direction de l’établissement de choisir une classe « représentative de l’établissement ». Les séances ont duré environ 1h30 sur le temps scolaire. Co-animées par trois personnes, les focus group ont été filmés, enregistrés, retranscrits puis analysés collectivement à l’aide d’une grille d’analyse thématique permettant de classer les différents propos selon qu’ils concernent les usages dans le cadre scolaire, dans le cadre privé ainsi que les différents types d’échanges en fonction des interlocuteurs (avec les enseignants, avec les pairs, avec la famille). Nous avons donc procédé à cinq focus group de 1h30 avec des élèves volontaires (respectivement CM2, 3e et terminale) dans une école élémentaire (10 élèves), trois collèges (17, 20 et 10 élèves) et un lycée professionnel (18 élèves).

Neufs entretiens qualitatifs ont été menés en visio ou en Martinique en 2025, auprès de jeunes martiniquais entre 18 et 28 ans.

InitialeGenreÂgeActivitéPassation
N Femme 22 ans Étudiant Présentiel.
O Femme 23ans Étudiant/salarié Présentiel.
D Femme 22 ans Étudiant/salarié Visio – 30 m.
CH Femme 24 ans Étudiant Visio – 1 h.
TA Femme 21 ans Étudiant Présentiel.
JH Homme 24 ans Salarié Présentiel.
JO Homme 26 ans Salarié Visio – 30 m.
G Homme 25ans Salarié Visio – 1 h.
L Homme 24 ans Étudiant Visio – 30 m.

Les entretiens ont été enregistrés, retranscrits puis analysés collectivement à l’aide d’une grille d’analyse thématique s’appuyant sur les concepts de créolisation et de braconnage.

Pistes d’analyses

Les focus-groupe post-confinements de 2022

L’analyse des focus-group révèle trois thématiques

La créolisation de « l’école à la maison »

Un des enjeux de cette période de crise sanitaire a été la place de « l’école à la maison », le domicile ayant reçu la prescription de devenir l’espace d’apprentissage des élèves. En Martinique, les élèves ont affirmé ne pas avoir eu de cours en visioconférence avec leurs enseignants (cité 48 fois). Les échanges ont plutôt eu lieu par l’ENT (Colibri) et/ou la messagerie et par l’intermédiaire des parents (cité 57 fois).. Si les élèves mentionnent le recours à la visioconférence, c’est dans le cadre d’échanges privés, pour communiquer avec la famille par des applications comme WhatsApp ou Discord. Cette thématique a été souvent évoquée (en élémentaire comme en collège). Le lien avec la famille, notamment lorsque celle-ci est en métropole, s’avère crucial. Les élèves interrogés faisaient part de leur « inquiétude » pour leurs frères et sœurs poursuivant des études en « France continentale » et donc confinés loin de leur famille : « Mon frère était tout seul en France, j’étais très triste pour lui. ». Le centrage sur la famille proche, même recomposée et/ou éloignée géographiquement, pourrait être un trait spécifique de la créolisation des usages. Un autre trait est particulièrement perceptible notamment chez les lycéens interrogés : un rapport à la loi marqué par un contexte postcolonial. Les lycéens, s’exonérant autant des consignes scolaires que de celles du confinement, nous ont décrit en détail les stratégies de contournements de la police afin d’organiser des « apéro-glacières » sur les plages. S’ils utilisaient abondamment les réseaux sociaux numériques, ils croisaient les informations avec les sources officielles (sites, radio…) afin d’organiser leurs trajets et leurs localisations avec les moins de risque de contrôle possible. L’expression de ces aventures était tellement enthousiaste qu’on a eu l’impression qu’elle renouait avec une longue tradition de la clandestinité créole.

Des usages créolisés des plateformes numériques

Lors de cette période, les technologies numériques ont été omniprésentes dans les foyers avec une hégémonie des plateformes et des réseaux sociaux. En élémentaire et en collège, les élèves sont très nombreux à mentionner YouTube. Cette plateforme est citée (144 fois) pour la recherche de tutoriels, notamment par les collégiens, mais, en école élémentaire, il s’agit souvent de vidéos « loisirs » de youtubeurs, de « vidéos drôles » ou pour écouter de la musique. Si les élèves de CM2 évoquent des régulations parentales (temps de connexion à Internet limité à une heure par jour, filtres parentaux, etc.), les lycéens et les collégiens ne font pas mention de telles restrictions, les régulations parentales n’étant pas abordées. Sur cette thématique de la régulation, on constate un contraste marqué entre la Martinique et l’ouest de la France. En Martinique, en élémentaire, ce sont surtout les filles qui mentionnent YouTube et en font une utilisation très active (recherche de tutoriels, cuisine, danse, relaxation, youtubeurs, musique, ect.) : « j’ai regardé plein de tutos de cuisine créole et je faisais les plats avec ma mère ». Les élèves bretons et ligériens (filles comme garçons) mentionnent uniquement la plateforme pour regarder des « vidéos drôles » produites par des youtubeurs. De plus, l’analyse du focus-groups avec les écoliers de Martinique indique une utilisation importante des réseaux sociaux (cités 27 fois) là où dans l’ouest, leur usage apparaît plus limité, (cité 9 fois) notamment à la communication avec la famille proche et encadré par les parents (cités 8 fois). Autre différence notable, les filles de Martinique évoquent beaucoup la pratique de jeux vidéo, pratiques qui est plutôt l’apanage des garçons en primaire en Bretagne et Pays de la Loire. Les élèves de CM2 de Martinique, particulièrement les filles, apparaissent très sensibles aux différents aspects de la culture créole (chant, danse, musique, cuisine, médecine traditionnelle, croyances, ect.) et ont beaucoup utilisé les plateformes numériques pour y accéder pendant les confinements « Tous les jours je regardais les youtubeurs martiniquais. Ils donnaient des nouvelles. ».

Des familles aux prises avec les inégalités socio-numériques

Les témoignages font état de situations contrastées dans les familles qui influent sur les usages du numérique. Elles entremêlent les conditions et les lieux de vie avec la structure et les relations au sein de la cellule familiale. En élémentaire, la collecte a été effectuée dans un village de la côte caraïbe. La vie de famille pendant le confinement y est apparue très douce aux yeux des enfants : « on n’a pas arrêté de rigoler », « on a dansé avec les parents », « on fait des quiches, des Hot Dog et des saucisses grillées… monté une tente pour faire comme si on était en camping ». Néanmoins, la promiscuité familiale a pu être vécue de manière ambivalente. S’il peut être agréable d’être avec ses frères et sœurs pour jouer, des disputes sont régulièrement évoquées notamment dans les familles monoparentales, très nombreuses en Martinique : « je me disputais souvent avec mon frère… des coups… enfermés… punis » ; « comme j’arrivais pas à dormir et ma mère non plus : on regardait beaucoup des film ensemble ».

En collège et lycée, notre échantillon était plus urbain et péri-urbain. La proximité familiale est vécue de façon encore plus mitigée. Si les adolescents apprécient les moments en famille, la cohabitation avec les frères et sœurs est source de tensions. Les témoignages des élèves vont tous le même sens : « Mon petit frère avait toujours besoin d’aide, c’est chiant ! ». L’utilisation de la télévision, de la console de jeu et de l’ordinateur familial, lorsqu’il y en a un, a été source de conflit : « J’ai essayé de jouer à la console avec mon petit frère et ma petite sœur, c’était impossible. Je ne les supporte plus ».

Ces éléments sont, bien évidemment, corrélés aux conditions d’habitation. Ceux qui ont le mieux vécu les confinements en Martinique sont ceux qui vivent dans une maison avec jardin, en particulier lorsque qu’un accès direct à la plage était possible. A contrario des témoignages soulignent la petitesse des appartements ou encore l’impossibilité de jouer dehors pendant le confinement pour ceux qui habitaient dans la zone urbaine de Fort de France : « j’habitais dans un appartement, trop dur de rester dedans ». Les équipements et les usages numériques renforcent souvent ces inégalités qui ne sont pas sans conséquences psychiques (Rinaudo, 2023) pour les familles : plusieurs élèves évoquent avec franchise le fait d’être allés chez un psychologue à l’issue des confinements.

Les entretiens de 2025

Nous avons mené une série d’entretiens en 2025 dont l’analyse met en lumière les perceptions et les pratiques numériques des jeunes martiniquais de 18 et 28 ans. À la suite de ces entretiens, nous avons pu relever quatre grandes thématiques : le recul de l’ordinateur au profit du smartphone, le partage de connexion comme norme, des usages situés et contextuels des réseaux sociaux et des usages créolisés de la vidéo.

Le recul de l’ordinateur au profit du smartphone

Les entretiens menés avec des jeunes entre 18 et 28 ans étaient centrés leurs usages d’internet. Un premier résultat émerge sur l’utilisation du smartphone qui est très majoritaire face à l’ordinateur. La majorité des participants sont plus à l’aise avec le smartphone en ce qui concerne la navigation sur internet, faire des démarches administratives ou des recherches précises.

« N : Alors, au quotidien, comme je l’ai dit, cest mon téléphone. Mon téléphone me sert à tout, c’est un peu le médiateur de tout ce que j’utilise. »

« O : Alors j’utilise beaucoup mon téléphone et mon ordinateur PC, mais ça reste beaucoup plus dans le terme professionnel. Où j’utilise pas mal de logiciels type architectural genre SketchUp ou ArchiCAD parce que ça c’est vraiment des logiciels que je manipule quotidiennement »

« JH : Je suis plus sur mon téléphone que sur mon ordinateur. Technologie Apple et réseau social, c’est plus TikTok et FaceTime »

« D : OK, quel outil j’utilise le plus ? Téléphone. Téléphone. Surtout en ce moment, téléphone. Sinon après, ordinateur.

Florian : OK, d’accord.

D : Parce que je fais toujours sur mon téléphone, même ce qu’on peut faire sur ordinateur, je le fais sur le téléphone. »

L’utilisation du smartphone en Martinique revêt néanmoins une importance particulière. Ce département français compte encore de nombreuses zones où la fibre optique n’est pas déployée ou l’est de façon limitée comparé à sa voisine, la Guadeloupe (voir annexe 1), où l’installation de la fibre est assez présente. Par conséquent, les Martiniquais privilégient souvent leur smartphone pour effectuer des démarches administratives ou naviguer sur Internet, l’accès par ordinateur étant entravé par une connexion instable. Cette situation complique notamment l’accomplissement des formalités administratives en ligne.

Question : Des partages de connexion pour ton ordinateur ? »

« D : Bien sûr, si la base, faire des partages de connexion. Tu as soi-disant de la Wi-Fi dans le magasin, il n’y a pas de Wi-Fi. Tu as de la Wi-Fi au restaurant, ça ne fonctionne pas. Tu as de la Wi-Fi chez toi, des fois, ça ne fonctionne pas. Donc, faire des partages de connexion, même à l’université, où on est censé avoir de l’Internet de l’université, on fait des partages de connexion. Sinon, on ne va pas avancer, on ne pourra pas faire ce qu’on doit faire dans le cours, etc. Donc, les partages de connexion, oui, oui. »

« N : Ah mais totalement, totalement. Souvent, ce que je faisais ou ce que je fais actuellement, c’est que je mets les données mobiles. Et comme j’ai un tout petit peu plus de données mobiles sur ma terrasse, j’allais sur la terrasse, je mettais un point de modem Wi-Fi et je m’en servais pour faire mes activités professionnelles et mes activités personnelles à travers. Donc j’utilisais ma tablette et mon téléphone, ça allait de modem Wi-Fi. »

Les jeunes interrogés sont globalement plus à l’aise avec le smartphone. Les entretiens révèlent aussi que ce sont fréquemment les jeunes qui assistent leurs parents ou les grands-parents dans la gestion des documents administratifs. Avec leurs smartphones, ils les accompagnent ou font directement pour eux les démarches dématérialisées ce qui contraste avec les pratiques de médiation numérique de proximité en métropole qui continuent à s’effectuer autour de l’ordinateur.

Le partage de connexion sur smartphone comme norme d’usages en Martinique

Le déploiement insuffisant de la fibre n’explique pas à lui seul les difficultés d’accès à Internet sur ordinateur. Les conditions météorologiques (Ouragans, tempêtes, ect.) constituent également un facteur à prendre en compte car elles peuvent entraîner des coupures de courant ou endommagerles équipements internet installés à proximité des routes. Pour surmonter ces difficultés, les Martiniquais et Martiniquaises utilisent leurs smartphones comme principal point d’accès wifi à Internet. Comme nous le démontre la carte de l’annexe 2, le déploiement du réseau mobile en Martinique est plus complet que celui du déploiement de la fibre.

L’utilisation du smartphone comme point d’accès wifi est largement répandue en Martinique, selon les entretiens, l’adoption de cette fonctionnalité s’est progressivement normalisée et fait aujourd’hui partie des usages courants.

« N : Je pense qu’on est plusieurs comme ça parce qu’il y a beaucoup de quartiers où il n’y a pas beaucoup de réseaux internet. Et comme malheureusement, il n’y a pas encore eu de… Comment je pourrais dire ? Il n’y a pas encore eu de rattachement à la fibre, etc. dans certains quartiers. Donc je ne pense pas que je sois la seule à utiliser mon téléphone en tant que modem Wi-Fi pour avoir un peu plus de Wi-Fi ou bien me déplacer chez de la famille pour pouvoir faire quelques trucs, par exemple. »

« TA : Je pense que c’est un petit peu partout comme ça dans l’île. »

Néanmoins, cet accent mis sur l’utilisation du smartphone a favorisé le développement d’un véritable écosystème numérique. Cette évolution a conduit de nombreux Martiniquais à se tourner vers les réseaux sociaux pour pallier le manque d’informations pratiques concernant l’île.

Des usages situés et contextuels des réseaux sociaux

Pour illustrer cela, nous pouvons prendre l’exemple des réseaux sociaux numériques qui sont utilisés par beaucoup de martiniquais et martiniquaises comme WhatsApp, Instagram et pour finir Telegram, pour résoudre certains problèmes locaux.

Au cours de nos entretiens, les participants ont décrit les principales difficultés rencontrées en Martinique. Il s’agit principalement de problèmes liés à la diffusion des informations ou à la mise en relation entre des particuliers et des professionnels. Ces réseaux sociaux numériques sont utilisés par des personnes de tous âges, des collégiens jusqu’aux grands-parents.

« D : Alors, je pense que ça a été créé parce qu’il y avait un besoin. Parce que dans les informations, il y a des choses qu’on ne nous dit pas. Ça prend du temps. On va nous dire avec un délai. Alors, par les informations comme Twitter, Resca,(groupe WhatsApp), etc., tu as des informations tout de suite. Tu as des informations que tu n’auras pas à la télé. Par exemple, ce matin, je crois que j’ai vu qu’il y a des jeunes de Martinique-Guadeloupe qui ont été médaillés en championnat. On n’aurait jamais su ça. Ce ne sont pas des choses qui passent au journal. »

L’utilisation de WhatsApp s’est développée comme un véritable écosystème facilitant le partage d’informations, de services, de ventes et de culture au sein de la communauté martiniquaise. Nous pouvons avoir des groupes de ventes de produits locaux, d’informations sur des domaines locaux ou événement local, de prévention cyclonique, des groupes de ventes de pièce d’occasion ou des groupes ou canaux d’import-export comme Tropical export qui est une entreprise d’import-export aux Antilles qui peux contacter ses clients sur le réseau WhatsApp.

Image 1 : Groupe WhatsApp

Un exemple précis concerne les groupes de moyen transport, qui sont créés afin de partager des informations sur les horaires d’arrivée des transports aux arrêts prévus, ou pour indiquer si un service fonctionne lors de situations comme des grèves. Dans ces groupes, les informations ne proviennent pas uniquement des passagers ; certains chauffeurs de bus communiquent également en temps réel sur leur arrivée, le passage des bus ou les éventuelles difficultés rencontrées sur la ligne.

« JO : Tous les réseaux de transports, les usagers communiquent entre eux pour savoir s’il y a un bus qui est passé le matin, enfin pour savoir si sur cette ligne-là, s’il y a des bus qui sont déjà passés le matin pour qu’ils ne puissent pas rester à attendre ou bien s’il y a des débuts de grève, des contrôleurs, etc. »

Concernant les autres réseaux sociaux, nous avons pu analyser une autre forme de créolisation de ces plateformes. Pour commencer, Instagram et Tiktok sont des applications qui commencent à être intégrées au paysage numérique des martiniquais et martiniquaises. Que ce soit dans la publication de photos et vidéos ou bien dans la publicité et la recherche des formations.

« CH : Alors les événements, en tout cas tout ce qui est culturel, loisir, j’ai tendance à chercher sur TikTok, voilà, même si bon, c’est pas forcément tout le temps hyper précis. Mais en règle générale, Google reste la base. Et donc voilà, plutôt que Google, il y a aussi parfois le bouche-à-oreille. »

Au cours de nos entretiens, certains participants ont mentionné utiliser TikTok ou Instagram comme alternative à Google pour rechercher des informations sur un lieu ou un événement spécifique. Toutefois, cela ne signifie pas qu’ils ont entièrement délaissé Google au profit de ces plateformes ; la majorité poursuit leurs recherches sur plusieurs sources, y compris TikTok, Instagram et Google.

« O : Alors, je suis plutôt de la vieille école dans mon cas. J’utilise beaucoup plus Google. Donc, si je veux une information sur une entreprise, je vais directement aller dessus. C’est vraiment mon moteur de recherche principal. Et après, effectivement, les jeunes structures, tout ce qui est jeunes structures actuellement, je vais beaucoup plus utiliser Instagram, puisque c’est vrai que maintenant, tout passe principalement par les réseaux sociaux pour faire de la communication des entreprises. Donc, quand je sais que c’est des jeunes structures, je passe plus par Instagram. »

Des usages créolisés de la vidéo

Les jeunes martiniquais ont aussi pu développer une culture de la vidéo qui n’obéit pas aux mêmes codes que ceux de la France continentale, mais qui intègrent et transforment les codes de la culture antillaise. Lors de nos échanges avec les participants, nous avons abordé la manière dont ils identifient un post ou une vidéo réalisée par une Martiniquaise ou un Martiniquais. La plupart des personnes évoquent le contexte de la vidéo, l’importance de l’accent et du mode d’expression, le cadre filmé, le paysage ou encore la musique. Il convient également de souligner la présence de personnages créoles et de voix créoles stéréotypées, qui permettent d’identifier immédiatement la culture martiniquaise. Ces personnages et ces voix ne sont pas issus des vidéos diffusées mondialement sur les réseaux sociaux : ils proviennent de la tradition comique antillaise, portée par des conteurs qui racontaient des histoires pour divertir le peuple. Ces figures ont ensuite été reprises comme codes humoristiques dans les vidéos partagées en ligne.

Trois participants nous ont donné en exemple Kofi Jicho Kopo, de son vrai nom Dimitri Villeronce, qui est un créateur de contenu martiniquais très actif sur les réseaux sociaux que nous avons eu envie de découvrir. Né à Rivière-Pilote, dans le sud de la Martinique, il se décrit comme étant un militant de la langue, de la culture et de l’histoire caribéennes, exploitant les outils numériques pour vulgariser et valoriser la créolophonie (France-Antilles, 2021). Comme Édouard Glissant dans ses textes, Kofi Jicho Kopo vise à travers ces vidéos à démontrer que le créole n’est pas un “français mal parlé”, mais une langue à part entière dotée de sa propre logique et richesse (France-Antilles, 2021). Diplômé d’un Master en Langues et cultures régionales, il est linguiste spécialisé dans les langues créoles caribéennes (awitec, 2023). Sur Instagram et TikTok, Kofi Jicho Kopo propose des contenus entièrement en créole valorisant la langue et la culture antillaises. Ses publications prennent souvent la forme de courtes vidéos humoristiques et pédagogiques où il explique des expressions courantes, apprend à écrire des mots en créole, ou compare les variantes du créole martiniquais et guadeloupéen avec bien d’autres créoles.

Image 2 : Publications de Kofijicho sur le créole

Nous pouvons voir une forme de créolisation des usages numériques faite par ces Martiniquais et Martiniquaises. Les plateformes, issues d’une logique mondialisant et uniformisée, ne produisent pas seulement une imitation des codes occidentaux : elles deviennent au contraire des lieux où s’inventent des formes nouvelles, imprévisibles, nées de la rencontre entre les outils globaux et les imaginaires locaux. Ce processus correspond à ce qu’Édouard Glissant décrivait comme « la mise en contact de plusieurs cultures ou au moins de plusieurs éléments de cultures distinctes, dans un endroit du monde, avec pour résultante une donnée nouvelle, totalement imprévisible par rapport à la somme ou à la simple synthèse de ces éléments » (Glissant, 1997, 37, cité dans Kopf, 2024,). Une dynamique qui ne vise pas à figer l’identité martiniquaise dans ses stéréotypes, mais à la réactiver et à la réinventer sans cesse dans la relation avec le monde. Ainsi, les réseaux sociaux ne sont pas seulement des canaux de diffusion, ils deviennent des espaces de création où la culture créole s’affirme, se transforme et dialogue avec d’autres cultures.

Pour ne pas conclure : Créolisation et Braconnage numériques

Si la créolisation des usages numériques est le produit des interactions entre les cultures créole et numérique, elle se manifeste sous une première forme quasi invisible de « signaux faibles » se socialisant petit à petit comme normes sociales d’usages du territoire. En ce sens, elle résonne beaucoup avec le processus de braconnage (De Certeau, 1980). Prenons l’exemple de l’arrivée des réseaux sociaux numériques et, particulièrement l’arrivée de Facebook en 2004. L’histoire est connue. Avec un groupe de copains, un jeune étudiant de Havard, Marc Zuckerberg, a l’idée « fabuleuse » de monter un site internet où il est possible d’afficher des photos d’étudiantes puis de permettre aux étudiants de mettre des commentaires graveleux et de noter ces photos. En 2023, après Me Too, le renouveau féministe et l’actualité des questions de protection des données, particulièrement des jeunes, on voit bien que l’idée n’était pas si « fabuleuse » que ça. Qu’importe, traversant les universités américaines, Facebook va se diffuser comme une trainée de poudre auprès des adolescents de 13 à 18 ans, soit les jeunes des années collèges en France. Avec les chercheurs du GIS M@rsouin [6], notamment Olivier Tredan, nous étudions sur cette même période les pratiques numériques des collégiens de Bretagne. On constate alors une explosion du SMS et de la messagerie instantanée MSM. On observe une arrivée massive des collégiennes sur une plate-forme éditoriale de Blog portée par une Radio « jeune » (Skyblog). Les jeunes filles trouvent alors une espace d’expression libre et de création numérique qui n’existait avant. Les médias parlent alors du phénomène Skyblog et de la bloggophère. En menant des observations et des entretiens approfondis, on voit apparaître des trajectoires différenciées d’appropriation des technologies numériques en fonction du choix des activités électives des adolescents.

Les jeunes musiciens des collèges, regardent avec admiration les lycéens et les étudiants musiciens qui regardent avec la même admiration des jeunes artistes qui se produisent au festival des Transmusicales de Rennes ou au festival des Vieilles Charrues de Carhaix. Et, tout ce petit monde de musique, se retrouve en ligne sur Myspace [7] qui ne tarde pas à devenir LE réseau social des musiciens. Les mêmes processus se produisent avec d’autres activités comme la photo sur Flickr [8]. Ces propositions technologiques différenciées tournent autour de celui qui devient la norme sociale d’usage du réseau social numérique : Facebook. En le resituant bien dans l’histoire des technologies, Marc Zuckerberg n’est pas un pionnier génial comme Alan Turing ou Steve Jobs, mais un entrepreneur malin qui a saisi les « signaux faibles » des pratiques numériques « “braconnées” des adolescents pour mettre à disposition un dispositif socio-technique suffisamment proche de ces pratiques émergentes pour qu’une appropriation à grande échelle soit possible.

Après plusieurs années de concurrence acharnée entre les géants du WEB sur les réseaux sociaux numériques, Facebook demeure la norme des réseaux sociaux numériques pour deux raisons. Les fonctionnalités développées par les concurrents s’inspirent des fonctionnalités initiales de Facebook. Les adultes ont investi Facebook en masse, notamment les parents, les éducateurs, les enseignants, les animateurs… ce qui fait de cet espace numérique un espace de conformité-confrontation à la norme. Conformité : les adolescents qui sont sur Facebook aujourd’hui le sont parce qu’ils communiquent avec des adultes, en famille (avec une photo de communiant), à l’école de musique (posant bien peignée avec sa guitare sur les genoux) ou encore au club de judo (en kimono). Confrontation : ils vivent leurs socialisations numériques entre pairs en dehors du regard des adultes, sur Snapchat [9] et sur Instagram [10] pour les collégiens et les lycéens ; sur TickTok [11] pour les plus jeunes.

Nous postulons que si le concept de braconnage nous a permis de saisir le processus de construction des normes sociales d’usages, sa variante « “créolisation” peut nous permettre de mieux saisir les spécificités des territoires ultramarins en termes d’usages des technologies numériques. Des pistes d’analyses prometteuses restent à développer autour des conséquences culturelles du Fait Social Total (Mauss, 1922) de l’esclavage, tant en termes d’aliénation, aux réseaux sociaux numériques par exemple, qu’en termes d’émancipation comme les « apéro-glacière » ou les « conteurs antillais » inspirant les vidéos You Tube. Ces braconnages numériques signent-ils une redynamisation de l’identité martiniquaise et, au-delà, des identités ultramarines ? Des recherches interculturelles en anthropologie des usages restent à développer.

Références bibliographiques

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Kopf, M. (2024). « L’Europe se créolise » – Créolisation et migration dans l’œuvre tardive d’Édouard Glissant face à la migration européenne actuelle. Archipélies, 18. Mis en ligne le 17 janvier 2025. http://journals.openedition.org/archipelies/2537 https://doi.org/10.4000/134y6

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Rinaudo, J-L. (2023) Enseigner : quoi qu’il en coûte ? Liens psychiques et continuité pédagogique à distance, Érès

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Tricot, A., et Chesné, J.-F. (2020). Numérique et apprentissages scolaires : Rapport de synthèse. CNESCO.

[1La numérisation c’est la succession de 3 opérations techniques : échantillonnage – quantification-codage.

[294,4 % de la population française est connectée (Baromètre numérique du CREDOC 2025)

[3Ce créole moins francisé conserve une syntaxe et une phonologie plus fidèles au créole originel, moins influencées par les emprunts récents au français

[4Peut se traduire par : Chose de vieux nègre

[5La DRANE – Direction Régionale Académique au Numérique pour l’Éducation – Martinique est chargée de promouvoir et d’accompagner les usages du numérique dans l’éducation, en collaboration avec les écoles, établissements scolaires, les collectivités territoriales et la recherche.

[6Groupement d’Intérêt Scientifique M@rsouin : réseau de recherche en Bretagne qui regroupe 18 laboratoires de SHS travaillant sur les usages des technologies numériques.

[7Myspace est un site web de réseautage social fondé aux États-Unis en août 2003, qui met gratuitement à disposition de ses membres enregistrés un espace web personnalisé, permettant de présenter diverses informations personnelles et d’y faire un blog. Il héberge notamment de nombreuses pages internet de musiciens, de groupes de musique et de DJ qui y entreposent et présentent leurs compositions musicales.

[8Flickr, de l’anglais to flick through « feuilleter », est un site web de partage de photographies et de vidéos gratuit, avec certaines fonctionnalités payantes. En plus d’être un site web populaire auprès des utilisateurs pour partager leurs photos personnelles, il est aussi souvent utilisé par des photographes professionnels. En février 2017, le site héberge approximativement 13 milliards de photos pour 122 millions de membres et 2 millions de groupes.

[9[Snapchat (ou Snap dans le langage courant) est une application gratuite de partage de photos et de vidéos de la société Snap Inc.. Elle a été conçue et développée par des étudiants de l’université Stanford en Californie.

[10Instagram est une application, un réseau social et un service de partage de photos et de vidéos fondés et lancés en octobre 2010 par l’Américain Kevin Systrom et le Brésilien Michel Mike Krieger. Depuis 2012, l’application appartient au groupe américain Meta (anciennement Facebook Inc). En 2018, Instagram revendique plus d’un milliard d’utilisateurs à travers le monde. L’appellation Instagram est un mot-valise bâti à partir de Insta de l’anglais Instant camera (appareil photographique instantané) et gram du mot anglais telegram.

[11TikTok est une application mobile de partage de vidéo et de réseautage social lancée en septembre 2016. Elle est développée par l’entreprise chinoise ByteDance pour le marché non chinois et porte en Chine le nom de Douyin. L’application permet aux utilisateurs de créer des vidéos courtes accompagnées de musique, de 3 à 180 secondes. TikTok devient le principal service de ce type en Asie, et l’application est considérée comme celle ayant la plus forte croissance tous pays confondus. Elle est l’application de partage de clips qui rassemble la plus grande communauté. En juin 2018, TikTok atteint les 150 millions d’utilisateurs actifs quotidiens.


 

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